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Acte III

Les avances de Monsieur Hulot.

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M'informant plus avant, on me confie que la 4ème place m’a été ravie au terme d’une négociation du staff d’Europe Écologie avec Nicolas Hulot lors du sommet de Copenhague. Ce dernier viendrait soutenir la liste en PACA si une de ses protégées est en position éligible, en l’occurrence son ex- mais néanmoins récente et proche collaboratrice Annabelle Jaeger. Les militant-e-s, en tous cas, continuent de l'associer à Nicolas Hulot. Une logique d'appareil, donc, au détriment de la société civile. Vu le passé politique de cette personne, les Verts ne s’enthousiasment pas à cette annonce, les autres militant-e-s du cru non plus d’ailleurs. Et encore, le CV de candidature qu’elle a fourni « oublie » de mentionner quelques informations qui ont leur importance (CV qu'elle refusera de rectifier même lorsque les militant-e-s, alors pleinement informé-e-s de son réel itinéraire politique, le lui demanderont).

Car au fond, qui est Annabelle Jaeger ? A voir sa page internet sur Facebook (voir la Note 1 en fin de texte pour sa description), on pourrait dire « l’écologie avec prestige et élégance ». Plus sérieusement : anciennement directrice de la communication dans un institut de mesure d'audience sur internet et d'étude du comportement des internautes (ce qui influera peut-être sur la gestion ultérieure de ses pages personnelles sur ce réseau - voir plus bas) à des fins commerciales, elle fut ensuite chargée de mission et notamment du développement de la Fondation Nicolas Hulot, et supervisait ainsi la possible installation de cette dernière au fort de la Revère à Eze-sur-Mer (projet ambitieux définitivement abandonné le 26 janvier dernier, faute de moyens financiers de la Fondation – qui n'a donc plus pignon sur rue dans notre département). Elle a en outre participé à l’élaboration du Pacte Écologique de Nicolas Hulot (que de nombreux cadres des Verts des Alpes Maritimes et d'ailleurs - notamment parmi ses nouvelles colistières - ont refusé de signer) et répète comme beaucoup d’autres que l’écologie n’est ni de droite ni de gauche. Sur le terrain politique, elle fut pendant quatre ans déléguée à la jeunesse pour le RPR et se présentera dans la foulée sous cette étiquette (tout en participant activement à la campagne) aux élections Européennes de 1999 sur la liste conduite par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin (place 76 - et sur laquelle on retrouve aussi Brice Hortefeux). Elle fut ensuite attachée parlementaire de Patrice Martin-Lalande, un député UMP. Donc, ni de droite ni de gauche. Sportivement parlant, elle court dans des compétitions sous les couleurs de Monaco (place 795) - dont certaines sommités des milieux bancaires et diplomatiques lui sont apparemment proches (la candidate est présentée vaguement comme étant "de la région Mentonnaise"). Curieusement, alors que la teneur de sa page Facebook se révélait en partie début janvier au reste de ses colistiers et colistières potentiel-le-s (suite à mes avertissements répétés), elle y apportera quelques modifications (voir la Note 2 en fin de texte) le 6 janvier dernier, puis la semaine suivante. Début février, il devient subitement plus difficile de trouver cette page avec un moteur de recherche (voir là encore la Note 2). Ne pas assumer son passé est une chose – son présent en est une autre.

Mi-janvier, alors que nous occupons le P.ECO.S (Pôle d'Economie Solidaire) à Nice avec une soixantaine de demandeurs d’asile privés de logements, on m’annonce, via les Verts, que Laurence Vichnievsky viendra nous rendre visite sur place le 19 au soir (comme l'ont fait d'autres candidat-e-s ou élu-e-s) et souhaite ainsi discuter avec moi. Enfin l’opportunité de rencontrer quelqu’un (il m'aura été impossible jusqu'au bout d'obtenir un numéro de téléphone ou un email me permettant de la joindre directement) ! Finalement, la visite prévue n’aura pas lieu (la même journée, Laurence Vichnievsky rendra visite à des chefs d'entreprise à Antibes et Sophia Antipolis, accompagnée par Annabelle Jaeger, André Aschiéri et Philippe Mussi), et c’est finalement Bruno Delport qui vient écouter les doléances des militant-e-s à Mouans-Sartoux. Ceux-ci et celles-ci menacent toujours en effet de faire grève de militantisme lors de la campagne s'ils et elles n’obtiennent pas gain de cause (invoquant dans les mails qu'ils m'envoient une clause « morale » de retrait – plusieurs candidates potentielles indiquant également à leur état-major qu'elle refusent de candidater afin de ne pas être placées derrière des candidat-e-s de droite - voir la Note 3 car au moins un autre candidat leur pose un problème). Suite à cette réunion, on me fait comprendre que la décision a été prise à Marseille de capter les électeurs et électrices de droite dans cette région où ils et elles sont majoritaires – d’où certains choix (quelques heures plus tard, cette stratégie est apparemment rejetée par Europe Ecologie au niveau national et ses dirigeant-e-s PACA sont recadré-e-s afin qu'ils/elles réparent leurs erreurs – cela devient donc un peu confus). On m’annonce également que Bruno Delport a l’intention de diffuser publiquement la liste des candidats et candidates (dont je fais alors toujours partie) sans mentionner leur position sur celle-ci (l'ordre définitif devant être révélé plus tard, lorsqu'un accord sera trouvé) – initiative bien curieuse d'autant que le boss de Radio Nova ne compte pas me demander si cela me convient ou non. Bref, cela semble partir un peu dans tous les sens.

Cette stratégie, visiblement décidée par Laurence Vichnievsky seule (ou alors bien mal entourée), ne laisse de surprendre : au final, aucune personne en position éligible ne représente Nice, pourtant la ville la plus importante du département. De plus, la présence en position éligible d’une personne si clairement marquée à droite (et avec laquelle Laurence Vichnievsky semble s'entendre à merveille) pourrait lancer la campagne des Alpes Maritimes droit dans un mur : comment imaginer une seconde que les Verts et André Aschiéri dépensent leur énergie à faire élire ce qui ressemble fort à une nouvelle Sophie Duez au Conseil Régional ? A moins que je ne sois trop naïve, encore une fois... J'ai par exemple vraiment cru que 40 ans de militantisme passés à côtoyer la canaille et battre le pavé pouvaient peser face au bon siècle et demi de présence de certains clans dans les plus hautes sphères des milieux politiques, diplomatiques et financiers... Le conseiller de Laurence Vichnievsky m’a assurée que seule une alliance avec la gauche était possible au second tour, mais en est-on si sûr ? Et que feront les élu-e-s d'Europe Écologie les plus à droite lorsque des mesures sociales concrètes seront soumises au vote ? La campagne, quant à elle, semble d'ores et déjà menée pour flinguer définitivement les Verts auprès des électeurs et électrices de gauche.

Un point d'ombre subsiste cependant : pourquoi a-t-on prématurément mis fin à la mission d'Annabelle Jaeger au sein de la Fondation Hulot ? La rupture conventionnelle de son contrat eut lieu en novembre dernier (alors que la décision finale d'implanter ou non la Fondation à Eze-sur-Mer ne fut prise que fin janvier, et que la campagne électorale ne commencera réellement que début février). A bien y réfléchir, cette rupture n'arrange personne. Annabelle Jaeger, en premier lieu (qui abandonne ainsi une mission que l'on devine importante et passionnante, et qui désormais se retrouve sans emploi), mais pas seulement elle. En effet, pourquoi la Fondation Hulot s'est-elle donc résignée à se séparer d'une si brillante et indispensable collaboratrice alors que les négociations avec le Conseil Général des Alpes Maritimes n'étaient pas encore terminées et qu'on les devine âpres jusqu'au bout ? (pour faire court, la Fondation désirait que le CG06, donc les contribuables, prenne en charge l'intégralité des frais d'installation et de fonctionnement du site de la Revère – d'où l'abandon du projet par le Conseil Général – la Fondation Nicolas Hulot tenait pourtant là un des plus riches de France). De plus, pour parler communication, la belle plante qu'est Europe Écologie n'avait-elle pas plus intérêt électoralement parlant de livrer campagne avec une candidate éligible portant très haut l'image et l'héritage de la Fondation Nicolas Hulot, sachant que ce dernier est actuellement grand favori pour être le candidat des écologistes de tous poils aux prochaines présidentielles ? Sans doute que si – du moins à court terme. A moins qu'une manoeuvre plus fine ne soit déjà en branle - je vous laisse imaginer laquelle.

On peut en tous cas légitimement s'interroger sur le mode de fonctionnement qu'aurait notre région si Laurence Vichnievsky la présidait. Le terrain pourrait exprimer ce qu'il veut - Laurence déciderait, seule dans son bureau feutré. Avec la douce et chaude sensation d'avoir sauvé sa colistière bling-bling des affres du chômage (voir la Note 4 pour une anecdote rapportée par ses colistiers et colistières, qui s'en gaussent encore - malgré tout...). Au besoin, elle pourra toujours occuper la Présidence de l'Observatoire des Libertés Publiques que je laisse donc vacante...

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Epilogue

Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte.

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Le 21 janvier, je visionne l'interview que Laurence Vichnievsky vient de donner sur BFM-TV et RMC. Elle y admet, à nouveau et sans vergogne, tutoyer Nicolas Sarkozy du fait d'une ancienne amitié (datant en fait de 1997 - donc pas si défraîchie que celà) – soulignant même que « c'est le must que de pouvoir tutoyer le Président de la République ». Elle s'y confirme aussi comme étant « moyennement gauchiste », expression ma foi fort ambigüe... enfin, plus tant que ça finalement... en effet, une semaine plus tard, face à Elkabbach, elle confessera avoir « autant d'amis à droite qu'à gauche, cela enrichit le débat de mes dîners » et qu'elle rencontrera peut-être Sarkozy à nouveau car sinon ce serait être sectaire... les Verts apprécieront sans aucun doute.

Le 24 janvier au soir, je reçois un appel de mon interlocuteur attitré, salarié visiblement soumis à rude pression par ses employeurs, qui me demande ce que je ferais au Conseil Régional si j'étais élue... question curieuse que Bruno Delport m'avait déjà posée et à laquelle le comité 06 avait déjà partiellement répondu (l'économie solidaire). Je lui mentionne également à nouveau le terme « solidarité », et il m'assène qu'il ne s'agit pas d'une compétence forte pour la Région. Pourtant, celle-ci transparait plusieurs fois dans la proposition de programme et de point forts sur le site internet de campagne d'Europe Écologie, qui reprend notamment des thématiques cibles de mon militantisme quotidien (lutte contre le mal-logement et les discriminations). Je me demande alors s'ils ont bien lu mon CV, voire compris leur propre programme ou les attributions du Conseil Régional. Plus inquiétant, il finit par sous-entendre que les élu-e-s, même les plus illustres, n'auront en fait aucun pouvoir au Conseil – alors pourquoi me demander ce que je compte y faire ? Enfin, il tente de me rassurer en soulignant que de toutes façons, si j'accepte la 6ème place, je ne verrai pas ma « rivale » de toute la campagne – j'en déduit donc qu'elle est là uniquement pour faire joli - mais alors pourquoi tient-on tellement à l'inclure sur la liste ? Et de toutes façons, la question n'est pas là... Cerise sur le gâteau, on me mentionne, dans une dernière tentative de séduction, qu'un militant associatif de Nice avec lequel je mène plusieurs combats communs en faveur des plus démunis, figurera lui aussi en position éligible sur la liste (la 5ème) – après vérification immédiate auprès de l'intéressé, il s'avèrera que celui-ci a refusé la proposition d'Europe Écologie au terme des 3 minutes (sic !) qui lui furent accordées pour se décider entre deux portes... et préfèrera aller voir du côté du NPA et des Alternatifs.

Quelques minutes plus tard, j'envoie avec soulagement un court message aux divers protagonistes afin de les informer de ma décision de retirer définitivement ma candidature et de quitter ce chalutier sans âme aux filets percés qui vire de plus en plus à tribord. J'en profite également pour remercier sincèrement tous ceux et toutes celles qui, au sein d'Europe Écologie, de Cap21 et des Verts, m'ont soutenue jusqu'au bout dans cette période difficile et ont tenté de faire régner un peu de démocratie dans une structure encore très jeune mais aux pratiques politiciennes déjà tant éprouvées.

Cette annonce de retrait de candidature aura fait taire subitement les mails de soutien de mes supporters et supportrices, ainsi que les appels téléphoniques du staff d'Europe Écologie. Toutefois, je tiens à vous rassurer : ceux et celles qui promettaient d'exercer leur droit de retrait pendant la campagne ou de la passer sur leur canapé ont finalement intégré leur place sur la liste - pour oeuvrer, je l'espère, à un rassemblement crédible à gauche au deuxième tour. Toutefois, la récente annonce d'André Aschiéri de ne briguer de toutes façons aucune responsabilité au Conseil Régional ne peut qu'ouvrir un peu plus le portail pour la droite. A condition toutefois que Michel Vauzelle accepte sans sourciller sur sa liste d'union au second tour les candidat-e-s proposé-e-s par Europe Ecologie. En effet, il se pourrait que les diverses formations de cette coalition soient un peu plus regardantes sur la traçabilité de certains et certaines.

Dans les jours qui suivirent, quelques partis de gauche s'enquérirent eux aussi de ma disponibilité pour intégrer leur liste...

...la punaise verte, l'air confus,

jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus !

View full sized Bling-Bling Ecologie s'éclate%0dsur la Côte d'Azur !

Note 1 : cette page Facebook est référencée sous l’identité « Jaeger Annabelle » (voir aussi la Note 2), et est alors illustrée avec sa photo. La plupart des 219 ami-e-s qu’elle y revendique affichent leur statut ou amitié aristocratique et virtuelle avec Nicolas Sarkozy, François Fillon, Claude Guéant, Christian Estrosi ou Frédéric Lefebvre. Annabelle Jaeger s’y déclare elle-même fan de Villas Taniera, qui semble être une structure immobilière louant et vendant un ensemble de maisons de grand luxe (voir leur site internet), le tout étant situé en République Dominicaine, état apparaissant sur la liste « grise » des paradis fiscaux de l'OCDE (voir la Note 2 pour les modifications ultérieures qui interviendront sur cette page). Incidemment, mi-février, la Dominique intègre la liste noire des paradis fiscaux désignée par la France.

A noter que les sympathisant-e-s écologistes, voire ses colistiers et colistières potentiel-le-s, lui soumettant une demande d'amitié Facebook ne recevront alors aucune réponse (voir une copie de la page facebook originelle effectuée le 6 janvier 2010, les Villas Taniera sont coincées entre Obama et Hubert Reeves, au centre de la page - la photo de la candidate en haut à gauche vient d'être enlevée de la page par sa propriétaire).

Lors d'une recherche sur "google.com" avec les mots-clés "Annabelle Jaeger" ou "Annabelle Jaeger Facebook", cette page Facebook est, jusqu'à début février, proposée en premier choix aux internautes par ce moteur de recherche.

Contactez-moi

Note 2 : une deuxième page Facebook est créée le 6 janvier, sous l’identité « Annabelle Jaeger », apparemment ouverte pour cristalliser des amitiés autour de sa candidature avec Europe Ecologie. D’ailleurs, sa nouvelle liste d’amis est intégralement différente de l’autre (bien plus militante et populo). Très curieusement, l’autre page Facebook (qui existe toujours) n’arbore plus sa photo, qui orne désormais la nouvelle page. Un moyen de séparer sa vie politique et personnelle (alors que chez les militant-e-s les deux sont généralement très liées), certes, mais qui permet aussi peut-être de créer une diversion au moment où beaucoup s’interrogent sur la pertinence de son intégration sur la liste des Alpes maritimes – une photo « magnétisant » plus efficacement les internautes lors de leur navigation. Un procédé qui permet aussi sans doute de ne pas polluer de messages gauchisants son autre page, très UMP (aurait-elle un peu honte de ses nouveaux camarades de campagne ?). Quant à la page Facebook originelle, la mention des Villas Taniera en sera ôtée la semaine suivante, l’information de son existence se propageant rapidement au sein des militants dépités des Alpes Maritimes.

A partir de début février, une recherche sur "google.com" ou "google.fr" avec les mots-clés "Annabelle Jaeger" ou "Annabelle Jaeger Facebook" donne désormais la deuxième page facebook comme premier choix. L'autre page, elle, n'est plus proposée par le moteur de recherche, qui ne la retrouve que lorsqu'on utilise comme mots-clés "Annabelle Jaeger Monaco" ou "Annabelle Jaeger Facebook Monaco" (voir une copie d'écran du résultat obtenu) sur "google.com". Cette même page est introuvable en utilisant la version française du moteur de recherche "google.fr".

Note 3 : le staff de Marseille tente également d'imposer Eric Bélistan, inconnu sur le terrain militant et membre de Cap21, en 5ème position. Les Verts feront barrage à ce positionnement. Incroyable mais vrai, des membres de Cap21 s'opposeront également à ce qu'il soit en si bonne position et parleront même de "hold-up" de la part du mouvement de Corinne Lepage ! Finalement, il obtiendra la 9ème place.

Note 4 : le 5 décembre dernier eut lieu le rassemblement "du bruit pour le climat" place Masséna à Nice. Le but était de venir taper sur des percussions, bidons, casseroles ou autres ustensiles de cuisine afin de sensibiliser les grands de ce monde à l'urgence climatique pour le sommet de Copenhague qui débutait. Venant manifester pour la première fois de sa vie, Madame Jaeger arrivera munie... de couverts Christofle.

View full sized Teresa, dans le Vieux-Nice%0dDécembre 2009

Europe Ecologie

PACA :

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au Royaume des juges, la démocratie on gruge.
Une autre enquête menée de l'intérieur.

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